Date :
22 novembre 2000
Ville :
Paris (75)
Salle :
La Cigale
Les avis sur ce concert
Murat a jeté l'orange, mais avant d'atteindre l'astre mort, les quartiers sont retombés. J'en ai ramassé quelques uns.
Un quartier pour les yeux :
Il était beau comme un talus, avec, par moment, le bout de la langue sorti et posé sur sa lèvre supérieure ; tel un chaton jouant avec une souris. Miaou, Miaou....Si, si je vous jure ! Il était très joueur ce soir, les yeux ouverts plus que jamais. Il était en mouvement léger, mais perpétuel, très à l'aise dès le début. Seul bémol, la chemisette, c'est pas sexy, je préférais ses chemises de première partie de tournée..... Enfin, comme beaucoup d'autres, même ceux qui n'osent pas le dire (suivez mes regards), je suis encore et toujours sous le charme. Et puis qu'on se le dise, Jean-louis Murat n'est pas un homme comme les autres.
LE quartier :
Quand on pense à ce concert, on ne peut s'empêcher d'évoquer "nu dans la crevasse". Murat à la guitare électrique et Denis en impro au piano. Par moment, Denis avait la tête dans le piano, pour toucher les cordes directement. Impressionnant. Vers la fin de la chanson, Murat a rappelé sur scène Alain et Régis pour un final grandiose. Ils étaient 4, tout nus dans la crevasse, à attendre l'engin. Denis, en contre jour, pris dans une tempête de neige, agité de pleins de sentiments violents, s'arc-boutait sur son piano, complètement lâché. Ils ont (et nous avec) fini en transe totale. Vivement la prochaine avalanche.
Un quartier de partage :
Dans ce quartier, finies les tensions. Il y eut même un jeu musical impromptu entre Jean-louis et Denis ; Murat a commencé en lançant quelques accords sur le piano électrique pour que Denis rebondisse dessus, il lui a alors répondu de quelques notes. Le jeu s'est immédiatement instauré, chacun essayant de coincer l'autre au détour d'une harmonie. Un vrai bonheur, comme un partage musical. Et nous pour le recevoir. Alors pourquoi faudrait-il qu'ils se lâchent la grappe ? Bien sur il y a les choeurs de l'armée rouge, Youssou N’Dour et même un orchestre symphonique qui attendent Murat, mais quand même !!!!!! (petite précision : cet avenir musical n'est que le fruit de douces rêveries de dolos en after......si vous avez d'autres suggestions n'hésitez pas). Quand à Alain, plus attentif que jamais au moindre faits de Jean-Louis et murmurant toutes les chansons, il semblait prêt à assouvir tous les désirs du maître. Régis, la discrétion. Je ne l'ai presque pas vu. J'ai surtout entendu Murat le stimuler et lui dire "aller Régis, aller !"
Un quartier de messe pour finir
"MĂŞle au bonheur un peu d'effroi, de connaissance et d'Ă©moi vont dans nos coeurs d'une mĂŞme vie, l'amour l'ami l'amant"
Quand Murat prêche, je me ferais bien nonne sur le champ.... C'était pour la dernière chanson "Ami, Amour, Amant. Il ne l'a jamais aussi bien chanté, avec autant de conviction, avec autant de plaisir, avec autant d'amour. Un vrai curé des montagnes. Alors déclinons avec lui le fameux verbe :
je t'aime
tu n'aimes plus que par mégarde
elle l'aimait Ă en mourir
nous aimez si peu nos yeux
vous vous êtes tant aimé
ils s'aimeront au vent nouveau...
La palme du quartier de l'audace, reviens, sous vos applaudissements, à Sylvaine, la seule dolo à avoir vu Murat après le concert.
Je garde le zeste pour les jours sans Ă©pluchures, en guise d'Ă©corce.
Ln
"commis de jour, commis de nuit, quelle est cette confrérie ?"
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Concerts de La Rochelle Ă Paris, en passant par Malakoff
(La Coursive - 11 Juillet ; Théâtre 71 - 26 Oct ; La Cigale - 22 nov)
Libertés d'Expressions & Confusion des Sensations…
Côté Mots, Jean-Louis Murat les chérit et collectionne, pour en bâtir des architectures poétiques, complexes et uniques.
Et un essai de micro-abécédaire de ses mots préférés peut donner : Adorée, Amant, Ame Ami, Amour (le maître/mot/clé de JL), Bébé, Ciel, Cinéma, Cœur, Echancrure, Enfant, Ephémère, Etoile, Fille, Gorge, Innocence, Jachère, Merde, Miel, Monde, Montagne, Pluie, Temps, Terre, Trésor, Vie, etc… Et aussi quelques mots rares : Ciboire, Cimeterre, Grésil, Hyménée, Phacochère, Quasars, …
Côté Spectacles, avec JLM, l'émotion, l'extrême sensibilité et la générosité dominent.
Au concert de La Rochelle (Francofolies), Jean-Louis, en tenue estivale décontractée (pieds nus, pull ample et cheveux au vent, avec une longue frange lui servant de paravent…), apparaît concentré et totalement habité : une quête intériorisée, et donc peu enclin à communiquer… Il interprète exclusivement les titres de " Mustango ", accompagné des machines et samplers de ses 3 fidèles acolytes (Denis, Régis et Alain). Musique très électroacoustique agrémentée de divers bruitages. Alternance de moments violents et tendres, comme celui, très sensuel, Jean-Louis chante un vibrant " Ami, Amour, Amant ", sur le devant de la scène, de profil. Et, au final, un " Nu dans la crevasse " ahurissant, au ralenti, étonnant ! Puis un au revoir d'une main, ses chaussures de l'autre, et Bye, Bye !…
Pour le concert de Malakoff, à la structure proche de celle de Paris, je serai brève, pour un souci de non répétition. Le changement habile de programmation (du à la reprise de JLM de sa tournée, à la rentrée) avec un subtil mélange d'anciennes et nouvelles (inédites) chansons, et des titres de " Mustango ", se révèle une excellente idée.
Durant ce concert, JLM se montre encore, très concentré et plutôt fermé, face à un public averti, attentif et heureux. Mais JLM ne va pas vraiment rechercher à communiquer.
Enfin, au concert récent de La Cigale, à Paris, autre lieu, autre décor, autre public, autre climat… La salle est remaniée, déshabillée de ses sièges centraux et latéraux, obligeant les spectateurs à rester debout : convivial, oui…D'entrée de jeu, Jean-Louis, replié sur lui-même, seul, à la guitare, interprète d'anciens titres superbes " Le Troupeau " " Par Mégarde " et " Sentiment Nouveau " : une atmosphère envoûtante, en guise d'introduction…
Puis, accompagné de ses trois musiciens habituels, la musique va devenir, progressivement, plus électro-acoustique. Au tour des titres de " Mustango " : un " Belgrade ", féroce, avec un refrain final, à répétition " Yo n'savais pas dansar ! " amusant ! Un " Mustang ", au piano + Harmonica, beau et interminable, suivi du " Mont sans souci ". Et trois nouvelles chansons bouleversantes et lancinantes " Je me donne ", " Il faut nous séparer " et " Raspoutine " … Au fil du spectacle, Jean-Louis, en forme et content, se décontracte, presque goguenard, et va prendre plaisir à communiquer avec le public. La salle, à la fois attentive, subjuguée et active, va facilement réagir : applaudissements, éclats de rire, lancement de vannes…
Au moment du rappel, JLM lance, réjoui, un anachronique " Tiens, je crois que ne vous ai pas dit Bonsoir !? Donc Bonsoir ! et Merci d'être venus ! Je suis content que vous soyez là !… "
Puis JL enchaîne un " Nu dans la crevasse " vertigineux, avec une montée en puissance impressionnante, suivi d'un " Bang, Bang ", prenant. Et une pause, avec la présentation de ses trois musiciens, Denis, Régis et Alain (ce qu'il n'avait pas fait les autres fois…). Puis une nouvelle chanson intitulée " La Complainte du paysan français', à l'humour grinçant et drolatique, où Jean-Louis incite même les gens à répéter des " Hou !Hou ! " burlesques ! Et demande " Vous aussi, vous faites du fromage ? Lequel ? " : fusent, alors des Camembert, Fourme d'Ambert, Leerdamer, Cantal, etc… Et d'ajouter un décapant " Les Tibéri en font, pourtant ! " Chanson d'actualité, sous-tendue par l'ESB, José Bové et Seattle, scandée d'un " J'arrête le fromage " délectant ! Pour finir, Jean-Louis interprète " Ami, Amour, Amant ", voluptueusement, debout, en devant de scène, instant magique ! Et un " Merci beaucoup les amis, les amours, les amants ! ", jolie chute ! Sous les flots d'applaudissements, JLM se retire, fatigué. Un spectacle dense et intense à forte charge émotionnelle…
Merci, encore, pour ces parcelles de bonheur, rares…
Carol
Mustango Tour