Date :
22 avril 2002
Ville :
Paris (75)
Salle :
La Cigale
Les avis sur ce concert
C’est une Cigale comble qui accueille JLM (pieds nus, pantalon blanc - pattes d’eph, sweat-shirt bleu) en ce lendemain « tête de bois » après une première partie assurée par Marc Huyghens.
Dès Foule Romaine (à l’electro-acoustique), le public répond par des applaudissements battant le rythme. Aussitôt JLM enchaîne par un Molly comme en suspension, en rupture. Le public, très chaud tout au long de la soirée répondra à chaque chanson. La Cigale est bien la scène parisienne de Murat.
Pourtant, les seuls mots de JLM sont pour son ingénieur du son. On apprendra plus tard que JLM en butte à d’insolubles problèmes techniques a choisi de tourner tous les boutons à fond. JLM passe alors à la guitare électrique et claque un Vaison-la-Romaine serré, le chatoiement sensuel et habituel a fait place à des sentiments bleus, d’acier. C’est aussi évident sur Si je devais manquer de toi, lyrique et violent, nécessaire.
JLM ne décoche toujours pas un mot mais joue fort, très fort, bien loin des digressions à la Dylan, JLM parcourt un territoire hard-blues digne des premiers Led Zep. C’est ainsi que PJ a troqué son érotique exubérante pour un érotique presque douloureux, en tout cas plus dur. JLM serre les dents, les poings, ne fait pas le fier et combat. Les giclées de guitare sont tendues, sèches mais rapides. C’est des os, du nerf, un peu de muscle et pas de gras.
Pour Le tremplin, JLM passe au piano, le martèle, bref, on ne ralentit pas le rythme. L’au-delà est mené à la guitare 12 cordes tout aussi fissa, malgré quelques périodes de faux calmes où le public joue les choeurs chuchotant le refrain. Les accords sont griffés, fouettés.
Quelques mercis plus loin et c’est le mur du son : Hombre. Ténébreuse et ensorcelante. Ici, il est dix heures à la porte du bonheur, mais elle est cabossée, maltraitée cette porte et à c’est à grands coups de boutoir qu’on la force. On rejoint là les plus belles heures du Mustango Tour bleu. Contre l’amour (joué à trois) continue à jouer sec. Nous n’avons pas beaucoup soufflé, ni JLM d’ailleurs - presque guitar-héro. Il y a de la tension, l’atmosphère ne se détend pas, il y a cette pointe d’insalubrité qui cogne.
Et si on commence à se détendre avec le Baby Carni Bird, celui-ci semble pourtant réchappé d’un tempête ou d’une essoreuse, Bref le bbcb ne la ramène pas, y compris lorsque « le frenchie est con, con » sous les applaudissements. On ne sait pas si JLM les prend pour lui, pour nous, ou les deux à la fois. Evidemment, Bang Bang est claqué avec une réverb’ maxi... Déchirant à souhait...
JLm quitte la scène et revient avec une tisane au piano, en débutant par Le venin, glaçant puis essaye d’enchaîner sur le Monde sans-souci. En fait, il en profite pour commencer à tirer à vue sur quelques ambulances (le PC, la ligne Maginot « Chirac » contournée, des parpaings...)... Il y avait bien sur un arrière-goût acre dans tout cela mais cela a permis d’alléger l’atmosphère.
Qui est replombée fissa par Le Monde Intérieur incroyablement touchant, poignant. La salle fait corps, applaudit. Hier soir, il y avait un peu d’exorcisme. Mustang est martelé, un peu comme le tremplin. Il y avait peu de caresses, beaucoup d’étreintes. Paradoxalement, c’est un Nu dans la crevasse la queue basse qui conclut le premier rappel. Ce qui ne l’empêche pas de s’emplafonner taille XXXXXL lorsque « l’engin m’efface ».
Le deuxième rappel débute par un medley ranchero (l’apéro, la saison des radis) léger et primesautier, puis par un Jim cristallin, magnifique. On termine par « une chanson d’amour pas rigolote » :
Romance, un des rares inédits de cette tournée. D’un romantisme noir.
C’est un JLM puissant, rageur, énergique... Après Clermont, la Cigale a montré un JLM en grande forme. Il est presque dommage que la tournée touche à sa fin. Vivement la tournée d’automne.
Stéphane
Moujik tour