Date :
15 décembre 2006
Ville :
Dijon (21)
Salle :
Le Vapeur
Les avis sur ce concert
Dijon, 15 décembre, dehors le froid et le brouillard, dedans ni tabac ni alcool, c’est une soirée prévention contre l’alcool, ce qui me vaudra une colère contre une jeune fille qui essaie de me convaincre que la prévention c’est bien, je lui répondis en vrac : c’est plus de la prévention c’est de la privation, à quand une soirée contre la connerie, et des concerts sans musique... bref je n’étais pas jouasse, Arman Méliès en première partie, un chanteur qui s’écoute chanter et qui nous fait une démonstration de son sampler, super, j’étais de moins en moins jouasse, je suis sorti fumer une cigarette dans le froid, pestant contre tout... Jean Louis faut-il que je t’aime bien pour supporter tout ça...
22 heures. Le noir dans la salle, sur le rideau rouge du fond de scène apparaît ‘taormina’, ‘murat’, les musiciens se mettent en place, et c’est parti, JLM arrive guitare en bandoulière, visiblement il arrive de son jardin et il n’a pas eu le temps de se changer, grande chemise largement ouverte, mal rasé, mal coiffé. On me chuchote à l’oreille mais pourquoi est-il déjà en pyjama ?
— bonsoir...
Taormina, roule doucement, malgré les assauts guitaristes de JLM, visiblement ce soir c’est ‘branchez les guitares’, longue intro donc, où JLM semble déjà en transe, dansant presque comme dans un rituel shamanique autour de sa guitare hypnotique... « Mon dahlia bleu, je suis trempé... » La chanson se déroule, cela manque un peu de relief mais ça marche quand même...
Les morceaux s’enchaînent les uns aux autres, simplement interrompus par des applaudissements de plus en plus nourris, et par de simples ‘merci’, lentement sans que l’on puisse vraiment savoir à quel moment l’alchimie prend, la magie opère... Si je devais manquer de toi, la bossa nova n’est plus qu’un souvenir, le public commence pudiquement à bouger du bassin, presque inconsciemment... de plus en plus de cris, des applaudissements de plus en plus longs.... Il se passe quelque chose, Jean-Louis sourit, nous aussi, tout le monde est content d’être là .
Dans la guitare il n’y a pas que du rock et des riffs, il y aussi beaucoup de douceurs, seul à la guitare le groupe en pause, Jean-Louis nous parle de la maladie d’amour, pas un bruit dans la salle, on écoute pieusement, la douceur continue, la fille du capitaine, et un désert qui avance de manière plus que suggestive, « avant puis arrière voilà le chemin », Jean-Louis ce soir a trouvé le chemin, il y va sans détour, il frappe avec sa guitare des coups justes, directement des oreilles au cœur... Ce chemin visiblement il le connaît bien et il y reste en emmenant des poneys avec lui...
La balade se poursuit à Rome, à partir de maintenant il n’y aura plus de scène plus de public, mais un grand tout, je ne sais plus si c’est nous qui chantons avec Jean-Louis ou si c’est lui qui chante avec nous, il en sera de même pour l’au-delà et le cri du papillon, avec un moment très beau, où pris par l’énergie JLM lâche la guitare pour s’accrocher au micro... et qu’est ce qu’il fait le papillon ? Tout le monde connaît la réponse, et on ne se prive pas de la lui donné... Tout le monde est euphorique, on danse, on tape dans ses mains. La bête est libérée, dis saurons-nous un jour aimer ? La réponse a été donnée je crois, qu’il est bon de dire je t’aime.
Jean-Louis nous envoie des baisers, on rallume les lumières pour la seconde fois, c’est fini. Enfin presque car le public en a décidé autrement et pendant presque dix minutes alors que la musique d’ascenseur se fait déjà entendre, les applaudissements et les cris persistent...
Personne ne peut se résoudre à aller se coucher, même s’il est déjà demain. Jean-Louis nous revient encore, visiblement heureux et ému, pour un "accueille moi paysage" d’anthologie. Tout le monde reste dans les nuages aux cieux, comme mort sous les baisers envoyés par l’auvergnat.
sy! (http://www.sylvainbarraux.net)
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Le concert de Jean-Louis Murat à Dijon était pour Myriam et moi une date importante. D'abord, et ce n'est pas anodin, c'était la dernière date de la tournée d'hiver ; ensuite c'était à Dijon que Myriam a vu JLM sur scène pour la première fois en 1994, c'était donc une ville de fortes émotions muratiennes.
Myriam y allait pourtant un peu à reculons ; quelques bootlegs ayant circulé, elle avait peur de trouver ce qu'elle avait déjà entendu, la même playlist, sans surprise.
Et voilà peut-être le point fort de cette soirée : partir sur du ressassé, du très chanté (les désormais habituels Amour qui passe, Foule Romaine, Jaguar ou
Au-delà ...) mais aboutir à des émotions neuves, revisitées par le cœur et la musique.
Partis avec des a priori, nous avons été conquis par la totalité du concert.
Nous avions entendu qu'à Brest Murat laissait peu de place à ses musiciens ; peut-être se cherchaient-ils alors - et d'ailleurs de ce travail entamé on attend encore beaucoup de la future revisite de l'œuvre muratienne - mais ce soir-là , l'harmonie était certaine.
Au chant et aux guitares, Jean-Louis Murat régnait, certes, mais il était clair que ses musiciens avaient trouvé leur place : Stéphane Raynaud précis et souverain, plus et mieux présent que du temps de Fred Jimenez, David Forgione fougueux et totalement investi - une légère réserve peut-être pour Mickaël Garçon qui cherche encore un peu ses repères, hésite, interroge du regard ; ses claviers sont pourtant mieux fondus dans l'harmonie générale qu'au début de la tournée.
Murat qu'on a dit distant sur cette tournée, n'a en effet pas parlé. Mais quelle importance ? Investi, il l'était, en communion avec un public qui lui était entièrement acquis. Jean-Louis, la voix posée, bien chantante dès le début - contrairement à certains soirs - merveilleusement disante, sussurante, pesait chaque mot, investissait chaque chanson, s'offrant totalement, musical et généreux.
Taormina ouvrait la soirée. Découverte lors du concert pour Koloko 2006, il faut avouer que cette chanson nous avait fait une très mauvaise impression. Ce vendredi, et grâce à une formation en quatuor qui trouve de plus en plus ses marques, elle prenait véritablement toute sa puissance.
Il serait vain de revenir sur chaque chanson, car cela contraindrait pour chacune à dresser la même liste d'adjectifs élogieux.
A noter pourtant que si Jean-Louis Murat a été très régulier dans l'économie de sa playlist sur le « Taormina Tour », en prenant bien garde de ne réserver le Papillon et Accueille-moi paysage (véritable douleur intime mise en musique) qu'à certains privilégiés, nous avons eu la chance d'être de ceux-là et d'entendre cette dernière en troisième rappel, après dix minutes d'ovation.
Murat sait toujours enchanter. On attend la suite avec gourmandise, quand sortira ce prochain album qui n'aura pas connu l'expérience devenue avec le temps ronronnante de la formation guitare-basse-batterie, maintenant souvenir que le « Taormina Tour » et sa dernière date ont enterré pour notre plus grand bonheur.
« On vous aime » conclut Murat en nous quittant après son deuxième rappel, après avoir longtemps murmuré qu'il était bon de dire je t'aime.
Oui ce soir-là on s'est vraiment aimés très fort...
Jérémie
Taormina tour