Date :
10 juin 2010
Ville :
Montréal (CAN)
Salle :
L'Astral
Chronique du concert par Philippe Rezzonico
Murat erre à sa façon… exquise
«Vous êtes perplexes, les gars ? Je suis tout-terrain, moi.» Ce commentaire rigolo de Jean-Louis Murat à l’endroit de ses musiciens en fin de spectacle ne pouvait mieux définir ce que l’Auvergnat nous avait offert depuis près d’une heure et demie, jeudi, lors de la première de ses trois performances prévues à L’Astral.
Ça faisait à peu près autant de temps que je me disais que Murat pouvait s’aventurer sur une foule de terrains de jeux musicaux, évoquant des tas d’influences, sans jamais perdre une seconde son identité ni jamais l’attention de la foule, captive, qui écoutait religieusement.
Il faut dire que Murat avait pris tous les moyens pour accaparer l’attention : pas de photographes ni de caméras dans son champ de vision – il a demandé que ces derniers soient installés au fond de la salle –, un set sans interruption au lieu d’un entracte – nous étions bien contents – et pas de service aux tables durant son spectacle. Tout ça pour emmerder les médias et les spectateurs, pensez-vous ? Que non.
En ouverture, le doublé Ginette Ramade et La Mésange Bleue, tiré de son nouveau disque Le cours ordinaire des choses, a immédiatement installé l’ambiance. Chansons denses sans être opaques, et plutôt planantes. Tiens, on pensait presque entendre du Radiohead en français.
Murat peut s’aventurer sur une foule de terrains de jeux musicaux sans jamais perdre une seconde son identité.
La première demi-heure fut un crescendo impeccable. Après la jolie mélodie de Taïga, Murat évoquait Neil Young dans un grand soir de rock de garage avec Pauline à Cheval, avant d’enchaîner avec 16h00, qu’est-ce que tu fais ?, qui a mené à de furieux ponts nappés de Fender. Si je mets plein de références, c’est que Murat n’a pas joué chez nous depuis dix ans et je parie une vieille chemise qu’il y avait plus de gens qui ne l’avaient jamais vu sur scène que le contraire, jeudi soir. Mise en contexte, donc.
Il y a eu de formidables moments lors de ce spectacle de près de deux heures où le chanteur guitariste était complètement habité. On pouvait plonger dans un véritable abandon avec la ballade Falling In Love, se coller sur son conjoint à l’écoute de L’Oiseau de Paradis – un vrai solo cochon digne des années 1970 – et avoir le goût de rentrer au plus vite chez soi pour baiser son amoureuse en entendant Se mettre aux anges, avec ses phrases sulfureuses du genre «Par la bouche qui suce, au salut de nos âmes».
Et, à l’inverse, on voulait s’éclater sans réserve quand Murat martyrisait sa Fender, qui avait tout de la tronçonneuse durant Taormina et Comme un incendie, cette dernière parée d’un harmonica divin.
N’empêche, la chanson testament de cette soirée nullement placée sous le signe du Best of était Chanter est ma façon d’errer. Tout Murat était là -dedans. La vie, les motivations et l’intention. Peut-être y aurez-vous droit vendredi et samedi. Mais peut-être pas, Murat aimant modifier ses spectacles.
D’ailleurs, le lutrin placé près de lui était révélateur. Il peut changer d’idée comme bon lui semble et même chanter du Baudelaire en clôture. Pas eu autant de plaisir avec un artiste français de cette génération depuis le regretté Bashung. Vous avez deux autres soirs pour vous en rendre compte par vous-même.
Source : http://www.ruefrontenac.com
Chronique de Alain de Repentigny
Du grand Jean-Louis Murat Ă l'Astral
Le Murat qui nous est enfin revenu après 10 ans d'absence, hier soir à L'Astral, n'était pas celui caché dans la pénombre que j'avais découvert à Bourges, ni le chanteur aux pieds nus qui nous avait fait son bivouac à la Maison de la culture Frontenac, pas plus que le petit malin qui s'était amusé à déconstruire ses chansons avec des machines au Cabaret.
Jean-Louis Murat nous a donné hier le spectacle total qu'on attendait depuis longtemps de cet artiste unique. Une soirée où la finesse et l'élégance du langage, presque d'une autre époque, se mariaient à un rock de guitares, une combinaison plutôt rare de nos jours et qui a permis à L'examen de minuit de Baudelaire et Ferré, servie à la toute fin, de devenir tout naturellement du Murat, parfaitement assumé.
Murat est aussi un chanteur d'exception dont la voix était bien en évidence dans les finales presque a cappella de plusieurs chansons ainsi que dans la délicieusement dépouillée Chanter est ma façon d'errer. Mais cette voix chaude et paresseuse s'est fréquemment échappée de sa zone de confort pour mordre dans l'inédite Pauline à cheval ou carrément faire oublier la choriste qui chantait avec lui dans la version studio de Falling in Love Again.
On a également pu apprécier les idées du guitariste Murat magnifiquement appuyé par ses potes Clavaizolle (claviers), Jimenez (basse) et Reynaud (batterie), capables de le suivre dans les ballades planantes et les slows cochons aussi bien que dans le rock nerveux ou l'intro funky de la toujours belle Dans un train bleu qui n'aurait pas déplu à Booker T. and the MG's.
Murat nous a servi deux chansons inédites (Pauline à cheval et Yes Sir), des choses moins connues de son répertoire et une généreuse ration de son excellent dernier album, Le cours ordinaire des choses. La version rageuse qu'il a faite de Comme un incendie était une pièce d'anthologie avec un petit côté Doors qui lui allait à ravir.
Plus la soirée avançait, plus le timide en lui se dégelait, les blagues succédant aux mercis furtifs du début. Si ce diable d'Auvergnat est capable de sortir un nouvel album tous les ans, pourquoi ne l'inviterait-on pas aussi fréquemment aux Francos en commençant dès l'an prochain?
En attendant, il chante encore ce soir et demain à L'Astral. Ne ratez surtout pas ça.
Source : http://www.cyberpresse.ca
Chronique d'Alain Brunet
Mes Francos se sont amorcées hier à l’Astral, avec le premier de trois spectacles signés Jean-Louis Murat. À mon sens le meilleur qu’il ait donné en terre québécoise.
Il n’y en a pas donné beaucoup, remarquez. JLM est venu quelques rares fois nous rendre visite et ses concerts n’ont pas marqué l’imaginaire. Vraiment pas. Dommage, car il demeure selon moi un des plus forts. Un des plus constants, un des plus bosseurs, un des plus accomplis de la chanson française.
Aux Francos de La Rochelle, je l’avais une première fois. C’était le début des années 90. Il venait de sortir Vénus et Le Manteau de pluie. Un air indolent sur scène. Tronche assombrie. Air poseur et baveux. Et des chansons magnifiques en majorité absolue.
En 1996, j’avais fait sa connaissance lors d’une interview pour la sortie de l’excellent album Dolorès – peut-être le mieux connu des Québécois avec Mustango. J’avais rencontré un type brillant, on ne peut plus charmant. Pas un souffle de cette intransigeance proverbiale qui reste encore scotchée à son personnage.
C’est connu (les médias français ne cessent de nous le rappeler), JLM ne supporte pas un milligramme de bêtise. Ça le rend arrogant et, par voie de conséquence, ça nourrit sa réputation de caractériel. So what ? Lorsque JLM vous kiffe, aucun problème de cet ordre. Il se montre courtois, raffiné, plus qu’intéressant, de commerce agréable. L’artiste de haute tenue qu’il est.
J’aime beaucoup cet artiste, nul besoin de le préciser. Notre lien s’est densifié avec le temps, je m’enquiers de chacun des multiples chapitres de sa foisonnante création. L’album Tristan, notamment, dont il nous a livré quelques extraits bien sentis.
Jeudi, en tout cas, il avait la grande forme. Assisté d’un trio claviers/basse/batterie a décidé de se la faire sale. Dans le tapis, guitare full distorsion, vocalises un peu moins amplifiées. Et cette voix suave qui tombe toujours à point pour qu’on en goûte les rimes parfaitement ciselées.
Cette rugosité live, il faut dire, lui sied bien et fait contraste avec la plupart de ses enregistrements. Après tout, le mec est aussi un campagnard qui s’assume ! La rugosité, il connaît. Ce n’est pas de la frime. Croyez-moi, JLM n’a pas peur de travailler de ses mains. Il gère une ferme auvergnate en plus d’écrire, composer, enregistrer, réaliser, tourner, élever une famille. Indépendance totale, pour ne pas dire autarcie.
JLM se produit encore ce vendredi et ce samedi à l’Astral. Avis aux amateurs de chanson française top niveau, ça vaut le déplacement. Et je suis certain qu’il y reste encore de bons billets.
Source : http://blogues.cyberpresse.ca
Cours ordinaire Tour