Date :
23 novembre 2010
Ville :
Paris (75)
Salle :
L'Alhambra
L'avis de Vivien
Au Royaume-Uni, voici quelques années, une publicité à la télévision montrait un exquis lys blanc pulvérisé par des atomiseurs remplis de liquides colorés et nocifs. Le slogan de cette publicité pour un savon était "ni parfumé, ni coloré : d'origine". Je me suis souvenu de cette publicité en regardant JLM et son gang à l'Alhambra - où l'exquis lys blanc, qui n'avait besoin de nulle parure, était en danger de se noyer.
Je sais que beaucoup de personnes ont apprécié le concert, même si pas forcément autant que les deux femmes qui étaient agrippées à la scène juste devant moi. Bien sûr, j'avais fait tout le chemin depuis Londres exprès (?) pour les écouter chanter des chansons de Murat ! J'étais même accompagnée d'une amie de Londres, qui avait acheté son billet en se fiant à mon compte-rendu du concert du Bataclan.
Entre les chœurs que m'infligèrent mes voisines et la basse-batterie atomisante, il y eut -comme toujours- des moments inoubliables chez
Murat. Je pense qu'il chante mieux que jamais -quand il chante bien- et les intros de la plupart de ses chansons, mardi, étaient superbes.
En fait, il m'aurait paru à son meilleur...
... si ce n'était son désir constant de CRIER TOUT LE TEMPS. CHAQUE CHANSON SE TERMINANT AVEC LA VOIX A PLEIN VOLUME, UNE OCTAVE PLUS HAUT QUE MÉDICALEMENT RAISONNABLE, ET LA BASSE ET LA BATTERIE TELLEMENT EN AVANT QU'ELLES ONT PLUS D'UNE FOIS ATOMISE MA COIFFURE ET MON
MAQUILLAGE. Je pense que vous voyez ce que je veux dire.
C'est vraiment dommage, car les deux premières chansons -Ginette Ramade et La mésange bleue - m'avaient laissé espérer que le concert jouerait entre ombres et lumières, chansons calmes et chansons énergiques, toute la gamme des émotions et de l'intensité dont JLM est capable. Mais ensuite, chaque chanson a fini dans une cacophonie.
Ceci dit, le meilleur pour moi fut «Quelle encre" que je n'avais jamais entendue auparavant. Je me suis surprise à sortir stylo et papier pour griffonner les accords -une chose que je n'avais pas faite depuis la tournée "Moujik". Ce fut bon aussi de reconnaître le début de "Jim", mais décevante sa fin trop en basse-batterie. Même "L'Examen de minuit" - un formidable temps fort du Bataclan - a succombé à ce traitement.
Je pense que Murat est fatigué de cette configuration, mais il est en manque d'influence de musiciens qu'il tiendrait suffisamment en estime pour prendre en compte leur avis. Le seul musicien influent dans sa formation actuelle est sans doute trop occupé pour consacrer du temps
à re-travailler l'oeuvre muratienne. JLM a besoin d'originalité et d'inspiration - cela fait huit ans qu'il est en trio / quatuor et - comme nous disons parfois en Grande-Bretagne - ils nous ravissent
depuis suffisamment longtemps !
À l'avenir, je viendrai à Paris pour voir mes amis - amis muratiens dont la présence à l'after fut le temps fort de ma soirée- et pour passer du temps dans l'une des plus belles villes du monde. Si un
concert de Murat est programmé, j'y assisterai. Mais je ne ferai plus de ses concerts le seul motif de ma visite. A moins bien sûr qu'il ne change. Ce que j'aimerais tant !
Vivien
L'avis de Manteau de pluie
"Bonsoir messieurs-dames" ont été les premiers mots de JLM en entrant sur scène :-)
Après une Ginette Ramade plus belle que jamais et en version assez longue, je savais que la soirée serait belle : JLM est en forme !!!
Ils ont joué, se sont fait plaisir sur scène, on l'a bien senti.
JLM était souvent face à face avec Denis pendant les intros...plus que rallongées d'ailleurs. Des versions différentes que celles du Bataclan, notamment sur Comme un incendie.
JLM a fait un cadeau aux parisiens, il nous a fait Jim, avec une très belle version. On a pas eu Oiseau de paradis ni M maudit.
Pour moi ça aura été un très bon concert, malgré un public que l'on aurait pu penser un peu plus chaud, beaucoup moins d'ambiance qu'au Bataclan et pas du fait de JLM qui lui s'est vraiment donné.
JLM a très peu parlé, mais a surtout remercié, après chaque chanson , n'oubliant de nous dire "vous ne pourrez pas dire que je vous ai pas dit bonjour", petit clin d'œil pour nous dire qu'il suivait l'après concert et ses retombées.
Signalons la présence de la salle de JP Nataf, qui est ensuite aller voir JLM en loge, je l'ai vu à la fin du concert quand il restait quelques dizaines de personnes dans la salle, quelques un du forum, des dolos aussi...
Les appareils photos ont été confisqués à l'entrée, mais les Iphones ont crépité.
Pour ce qui m'en revient, la version de Mousse noire très enlevée, et aussi un sacré riff d'intro pour Taïga :-)
Voilà c'était la dernière pour LCODC :-(
manteau de pluie (JLM forum)
ps : il a encore fallu se taper Rouge Madame en première partie...misère oh misère comme disait Coluche.
L'avis de Momo
Pas loin de 4 ans depuis le dernier concert de JLM, j'avais presque oublié l'individu sur scène.
J'avais décroché à cause de ses réflexions diverses et variées ... et aussi par son jeu de guitare qui me gonflait quelque peu.
Content d'aller dans cette salle dont j'apprécie l'acoustique. Dès le début j'accroche, le jeu de guitare me semble s'être amélioré, moins confus. La basse et batterie, même si un peu fort, assurent, quant à Denis aux claviers, j'accroche fort.
Il me semble qu'il y a osmose dans le groupe, ça se sent mais ça ne se dit pas sur scène.
Et ça s'accélère avec "16 h qu'est ce que tu fais".
Sympa le petit salut à Paris de la part de JLM (Vous êtes formidable).
Tout ce concert m'a semblé bien rythmé, mais attention, j'avais comme repère mon dernier concert en 2006 et les CR de cette année.
M'enfin, l'after était vraiment à la hauteur.
Atchao
MoMo
L'avis de Marie-Laure
Cette salle que je découvre, plus intimiste que le Bataclan ou la Cigale, me donne une bonne impression, acoustiquement parlant elle est de très bonne qualité, début de la première partie salle comble, public assez hétéroclite ," rouge madame" je ne suis pas fan du tout même si je reconnais que c'est assez original , mais la voix de la chanteuse me laisse de marbre.
Arrivée de Jean-Louis, tout de noir vêtu, un bonjour timide, et le voila qui entame Ginette Ramade, gros applaudissement mais une salle comble certes mais au delà des premiers rangs peu de participation j'ai trouvé mais bon ce n'est pas le plus important c'est la performance de Jean-Louis qui me reste dans la tête, viens le tour de Mésange bleue, que j'ai trouvée d'une rare beauté, je me suis laissée transporter, Taiga suivit et Pauline qui dit en passant m'a énormément plu, ensuite un déhanchement de tête, de hanche de ma part se produit sur 16h00 bien sûr, un vrai régal, Jean-Louis étais en transe et nous aussi, un peu de calme avec Falling in love où les premiers rangs se mirent à la chanter, une première pour moi car jamais dans mon dos je n'avais entendu chanter si fort à presque couvrir la voix de Jean-Louis, cette version de Mousse noire plus rythmée m'a beaucoup plu, bref j'ai passé un très très bon moment, 6 chansons ont suivi dont un inédit "Quelle encre tire de ma bouche ces invincibles vérités".
Magnifique chanson, j'ai eu la chance de rencontrer Acacia, et de voir Barbara et Antonin ainsi que Manteau de pluie, j'ai voulu voir Jean-Louis après le concert mais nous sommes repartis, la route jusque Dunkerque étais longue, Marina elle est restée, elle a discuté avec Jean-Louis et Laure, qui étais présente mais que moi je n'avais pas vue, elle me raconte que Jean-Louis étais satisfait de ce concert ce qui est rare pour le souligner, car moi jamais après un concert, il n'a été satisfait, il a toujours une critique à se faire, moi j'en aurais qu'une petite, problème de sons quand Jean-Louis jouait sur les première chansons " trop fort donc les paroles un petit peu étouffées" le problème fut vite réglé.
Voila mon ressenti.
Marie-Laure (JLM forum)
Un avis sur le blog The Shaking Sound
Ultime date hier soir de la tournée du Cours ordinaire des choses de Jean-Louis Murat et cinquième concert pour moi sur cette même tournée. Difficile d'avoir un regard neuf après plus de dix ans de grande assiduité muratienne et un nombre honorable de concerts au compteur car on devient beaucoup plus critique et exigeant. "Qui aime bien châtie bien" dit l'adage. Toutefois, je puis dire que la prestation d'hier soir fut vraiment bonne quoiqu'en dessous du concert du Bataclan d'avril dernier : moins d'énergie, d'émotion brute et plus de contrôle peut-être, mais tout reste relatif.
Début du concert à 21h après le groupe Rouge Madame en première partie. Murat arrive très concentré et entame d'emblée Ginette Ramade après avoir murmuré un "bonsoir". Les titres s'enchaînent, entrecoupés de brefs "merci". Il a malgré tout l'air de bonne humeur. Nous avons droit à une version très rock de 16h00 qui ravit tout le monde. Sur Falling in love again, les premiers rangs reprennent le refrain avec lui en choeur, ce qui n'était pas arrivé depuis un moment sur cette tournée il me semble. Murat ne s'y attarde pourtant pas. Très longue introduction sur Yes Sir, on sent qu'il se fait plaisir à la guitare, une échappée très rock encore. Vient ensuite l'inédit de cette fin de tournée : "quelle encre tire de ma bouche ces invincibles vérités ?" C'était la première fois que j'entendais ce titre et j'ai beaucoup aimé l'interprétation sensuelle de Murat. Jean-Louis présente ensuite les musiciens Fred, Stéphane et Denis puis s'éclipse avant de revenir sous les applaudissements de la salle pour 4 titres en rappel. Il fait quelques traits d'humour sur Paris puis ajoute avec un petit sourire "comme cela, on ne dira pas que je n'ai pas dit bonjour", référence aux quelques réflexions qui se faisaient sur son manque de communication durant la tournée. Le concert se poursuit avec une très belle version des Voyageurs perdus et là , grande joie et grande surprise, nous avons droit à Jim, pas entendue sur scène depuis un bon moment. Comme un incendie commence tout doucement puis monte crescendo mais lentement sans atteindre les volutes rock du début de tournée. Vient enfin L'examen de minuit qui clôture cette soirée : vite soufflons la lampe afin de nous cacher dans les ténèbres...
Je dois dire que cette tournée m'a réconciliée avec Murat sur scène car les dernières dates que j'avais faites (hormis le superbe concert acoustique de l'Européen) m'avaient laissé un goût plus que mitigé. Denis Clavaizolle apporte énormément au clavier et l'on sent une grande osmose dans le groupe. Murat se lâche et se fait plaisir. Et ça nous fait plaisir. En attendant la suite avec impatience.
Dolores
Source : http://the-shaking-sound.over-blog.com/article-jean-louis-murat-a-l-alhambra-61629292.html
La chronique de Froggy's Delight
C'était les premiers frimas d'automne, et il fallait de la volonté pour quitter son canapé et aller jusqu'à l'Alhambra, du côté de République, pour voir Murat ce soir-là . Avant de rentrer dans la salle de concert, les flyers donnés à l'entrée pour vous inciter à aller assister à d'autres spectacles ne concernent pas des chanteurs ou des groupes, comme habituellement, mais un film tourné en Auvergne, preuve que Murat continue à avoir cette étiquette de chanteur du terroir qui lui colle à la peau, même lorsqu'il part enregistrer son dernier disque aux Etats-Unis avec des musiciens du cru.
En première partie Rouge Madame, composé d'une chanteuse et d'un guitariste, propose une pop douce teintée d'accents méditerranéens. Le timbre de voix granuleux de Lembe Lokk est agréable, mais le groupe manque de maturité scénique. Difficile dès lors de se faire une idée sur ces compositions qui semblent prometteuses mais peinent à atteindre les oreilles d'un public qui n’interrompt pas ses conversations.
A l'entracte, on regarde le public. On se dit qu'on prescrirait bien une cure de tranxène à la moitié d'entre eux. Hommes ou femmes, les visages sont fermés et les habits uniformément sombres. Quant à la moyenne d'âge de ce public, elle doit s'établir autour de la quarantaine. Le public de Murat reste fidèle mais ne se renouvelle pas.
Murat entre en scène. Il ressemble à son public, tout de noir vêtu, mal peigné et l'air renfrogné. Le concert commence rapidement, sans temps mort, avec "Ginette Ramade", un titre extrait de son dernier album, Le Cours Ordinaire des Choses.
La section rythmique, Fred Jimenez à la basse et Stéphane Raynaud à la batterie, est présente et bien solide. Le nom de Murat évoque la terre et l'orage, comme celui de Dominique A évoque les fortes chaleurs et le soleil de plomb de l'été en bord de mer, ou Françoiz Breut le printemps. Murat étire les introductions, la guitare grince, il y a de l'electricité dans l'air.
Entre deux chansons, Murat sussure un merci dans le micro. De belles versions rocks s'enchaînent, "Taïga", "16h Qu'est-ce que tu fais"... Les atmosphères sont tendues. L'inédit "Pauline à Cheval", extrait de la BOF de Pauline et François, est splendide. Le jeu de lumière minimaliste, dans les oranges, les bleus et les blancs crus réserve quelques beaux moments lorsque des blancs vifs derrière les musiciens les transforment en ombres chinoises.
Puis tout d'un coup, alors qu'il entame "Le Train Bleu", première chanson vraiment ancienne de son répertoire, Docteur Murat se transforme en Mister Bergheaud. Jean-Louis Murat est le nom de scène de Jean-Louis Bergheaud. C'est sous son vrai nom, Jean-Louis Bergheaud, que Murat signe ses chansons, mais Bergheaud est aussi l'âme damnée d'un Murat qu'au vu des chansons on se plaît à imaginer sensible, agréable et doux. Lorsque Jean-Louis Bergheaud s'exprime, il se montre généralement plutôt aigri quant à la carrière de Jean-Louis Murat. La haute estime qu'il a de son talent fait qu'il accepte mal d'avoir gagné plus d'argent en écrivant une chanson en cinq minutes sur un coin de table pour Indochine, qu'avec aucun de ses albums. Comme Bergheaud est un être quelque peu immature et qu'il est frustré que Murat n'ait pas de succès véritablement populaire, il le reproche à ceux qu'il a sous la main, c'est-à -dire son public.
Donc après avoir fini le premier couplet du "Train bleu", en appuyant de manière ridicule ses paroles "... le coeur peuplé d'idées noires", histoire de bien montrer que ce single qui était passé en radio ne ressemble plus à ce qu'il fait, le voici qui enchaîne les chansons sans jamais plus s'adresser au public, ni le regarder. Viennent alors des chansons comme "Yes Sir" ou "Quelle encre tire de ma bouche ces invincibles vérités". Même si la qualité musicale est toujours présente, on n'a plus l'interprète habité du début de concert, mais un type qui montre bien qu'il se fiche d'être là , sur scène. Pourtant la version de "Se mettre aux anges", juste avant le rappel, est bouleversante.
Au rappel, le voici qui revient et dit d'un air narquois "Merci, C'est gentil... On le dit bien à Clermont-Ferrand ou à Montauban, on peut le dire ici. Comme ça vous ne pourrez pas dire que j'ai pas dit bonsoir." Vient alors la réponse de certains expatriés du public, fiers d'être nés quelque part, surtout si c'est au milieu de nulle part : "Dunkerque", "La Bourboule"... Attitude étrange que cette fierté d'être né à un endroit lorsque la volonté n'a, semble-t-il, pas grand-chose à voir dans l'acte de naître.
En rappel, le public a droit aux "Voyageurs perdus" à un "Jim" guitareux et nerveux à souhait, puis à "Comme un incendie" que le public attendait avec impatience. En second rappel, après un sarcastique "J'adore Paris, vous êtes tellement formidables. Ça fait envie, on aimerait être parisien", une version puissante, presque façon Sonic Youth, de "L'examen de minuit" tiré de l'album Charles et Léo. Baudelaire with an electric guitar ? Mais on se demande quand même si le public doit prendre pour lui ces vers : "Nous avons, pour plaire à la brute/ Digne vassale des démons/ Insulté ce que nous aimons/ Et flatté ce qui nous rebute".
On peut supputer qu'en se comportant ainsi, Jean-Louis Murat cherche l'échec afin d'en tirer ce qu'on appelle un "bénéfice secondaire", par exemple celui de se donner le statut de victime et pouvoir ainsi se plaindre à qui veut l'entendre de ne pas avoir prévendu assez de billets de cette tournée pour avoir les moyens de faire venir les musiciens américains avec lesquels le dernier album avait été enregistré.
Laurent Coudol
Source : http://www.froggydelight.com/article-9472-Jean_Louis_Murat_Rouge_Madame
L'avis de Carole
Tout à fait d'accord un superbe concert. Je ne peux pas comparer avec le Bataclan mais j'ai trouvé que la voix était vraiment bien, très claire et puissante, un son parfait. Un début qui était un début (bien mais le temps que tout le monde s'observe et le public aussi) et à partir de Pauline et de 16h00 tout était parfait, tout s'emballe.
Un bon public en effet (être debout doit aider à l'ambiance). 4 chansons en rappel que du plaisir et enfin un échange avec nous plein d'humour (une phrase qui restera dans les annales "c'est beau pour ceux qui aiment") et d'ironie (sur le bonjour).
Donc vraiment que du plaisir donné par JLM et ses musiciens. Juste un mot "MERCI" pour ce bon moment. Et une version magnifique de l'une de mes chansons préférées "chanter est ma façon d'errer" qui débute tout en dépouillement et qui donne des frissons. Une fin en toute beauté.
Carole (blog de Pierrot)
L'avis de Xavier
Je suis en plein accord avec ce qui est dit plus haut au sujet du concert. M-Laure, je peux t'assurer avoir vu deux de mes voisins (près du mur à gauche) littéralement perdus dans leur flow (les deux dansaient dans une sorte de douce transe, l'un sur "le Train Bleu", l'autre sur "Jim" - contorsion du corps en "S", saccades de la tête, comme aspirés par le jeu de basse de Fred Jimenez)...bon j'ai envie de dire d'autres choses mais je reprends le taf à 14.30, mais c'est vrai que l'acoustique était bonne. le son de la rythmique est toujours aussi fort. Stéphane a une maîtrise du toucher de balais - les "brushes" du drummer, pas les balais des sorciers d'Harry Potter - que je ne lui soupçonnais pas, c'était tout en finesse. en revanche je me demande comment ils font pour intégrer à leur set un volume de basse aussi énorme, mais l'essentiel c'est que cela se tient, jamais l'équilibre sonique ne semble rompu, et l'entente entre les musiciens, impeccable.
J'avais lu le compte-rendu du concert du mois d'avril au Bataclan écrit par Julie. à l'époque j'avais les mêmes réserves qu'elle, j'avais trouvé les choses assez lourdes et brumeuses, et le live un peu déprimé. Hier soir JLM a complètement transfiguré cette impression. même le décor (que Julie trouvait un poil minimaliste et triste, et c'était pas loin d'être vrai), semblait raccord avec le propos (à certains moment on aurait pu croire Fred sorti tout droit d'une bédé de Bilal). je me suis dit un instant que ces lampes à la lumière diffuse et caverneuse était peut-être un hommage (par anticipation, en plus!) aux mineurs du Chili bloqués au fond de leur mine :-)
La première partie assurée par Rouge Madame m'a séduit malgré tout. on ne saisit peut-être pas bien la direction de leur musique (Jazz romantique réaliste?) mais faut reconnaître que la chanteuse estonienne a une belle présence (profil admirable, pommettes hautes et menton joliment déssiné) et une belle voix, en plus d'un excellent français. elle m'a fait penser à un mélange de Camille (sans le côté crispant), d'Anna Prucnal (une chanteuse polonaise francophone dont seuls les plus de trente ans peuvent se souvenir) et de Barbara Carlotti. avec en prime le boa de Zizi, pas piqué des vers...
Manteau de pluie, j'avais cru sentir, sans le percevoir avec cette acuité, ce que ton oreille a saisi. Je pense que c'était volontaire et pas dû aux conditions du live ( même si c'est très difficile d'être constamment accordé sur un enchaînement de titres, comme de retrouver la tonalité précise d'un enregistrement).
Le demi ton au-dessous m'a beaucoup plu pour cette version. Sur le disque, Comme Un Incendie, au-delà de l'alarme que le mode mineur et les terribles paroles allument en nous, peut s'entendre aussi comme une ritournelle tranquille et à l'aise dans la ligne claire de sa mélodie. Un contraste qui s'avère savoureux. Sur scène mardi soir, Murat l'a presque transposée : les trois premières lignes du premier couplet, "Inutile de me chercher..............Parmi les morts........................Inutile de m'adorer.....................", il les a détachées, nous mettant d'emblée le nez dans la tragédie de la chose en cours (la chanson, la vie). Saisissant..! Le texte parlait donc bien d'un danger : l'homme et sa façon d'habiter la Terre brûlerait en fait dans un brasier nourri par l'autodafé spontané des feuilles mêmes de toutes les polices d'incendie de ses contrats d'assurance passés avec la modernité, sans s'en apercevoir ?
Et l'auteur, comme la salamandre de François 1er, observerait tout ça depuis la seule rive non encore calcinée, la peau bien chaude mais déclinant toujours l'invitation de passer à son tour à la flambée. J'ai noté également qu'à la fin il changeait les paroles en faisant entendre distinctement : "Le cours des choses NE me va PAS, ne me vas pas, comme un incendie...", un peu comme Lennon sur la version longue de "Revolution", où l'on détecte clairement " You can Count me 'IN' " à la place de "out", comme sur le single. Ce que j'aime par dessus tout chez Murat, c'est qu'il ne perd jamais de vue qu'il est artiste, un chanteur "qui fait le job" sans besoin de recours aux tics d'une certaine dramaturgie, pratiques pour faire sonner la note sensible dans le plexus d'un public adorant, mais sans cacher non plus les beautés de son art derrière la noirceur d'un thème. Il sait que ses chansons sont bonnes, il ne peut donc les trahir. L'attention qu'il porte à chanter créant alors un sentiment de plaisir dans l'auditoire, un plaisir qui tournoie, de la scène à la salle et retour, cette réflexivité 'attentive' est vraiment superbe (y avait qu'à voir les visages des gens dans le public).
Personnellement j'ai eu la révélation (modestement) du titre le soir du concert. Comme toi je réécoute l'album depuis aujourd'hui et je me dis qu'il n'a rien d'anecdotique dans la discographie, "Chanter est ma façon d'errer", s'il a été repéré comme un classique instantané par tous, n'est pas le morceau qui doit enfoncer tous les autres, gelés dans la carbonite. Je pense à ça car avant-hier soir, sur la tnt (W9), on rediffusait un épisode de Star Wars, "The Empire Strikes Back". Ce matin en me repassant le concert dans la tête, je m'imaginais le splendide jeune homme du clip du "Train Bleu" apparaître en esprit au dessus de la scène de l'Alhambra lorsque Murat reprit le titre. Comme dans la scène d'apprentissage du yoga du Jedi de Luke avec Yoda mais à miroir renversé, le JLM du 23 novembre 2010 en Obi Wan Kenobi, bien vivant, et le jeune Murat en Skywalker-hologramme saupoudrant les jeux de lumière d'un éther d'acacia enivrant, côté jardin comme côté cour. Je crois que le jeune padawan Mathias Malzieu de Dionysos a encore du travail avant de pouvoir faire tenir une pierre en lévitation en concert...
J'ai trouvé que Murat n'était ni dans le "total control", ni dans le "lâcher prise" (expression rendue célèbre par un musicien jazz, juré d'une émission d'M6, et que l'on entend partout maintenant) sur scène. Une façon de rendre l'esprit de l'album par la lettre du 'live' vraiment impressionnante. Peut-être ce genre de grâce lui vient-elle de sa voix qui lui permet de chanter au beau milieu d'un orage électrique comme si les conditions climatiques étaient unplugged.
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Re: ALHAMBRA 23 novembre 2010
Message nem maudit Hier à 22:38
Le Jaguar a écrit:
nem maudit a écrit:Sur le disque, Comme Un Incendie, au-delà de l'alarme que le mode mineur et les terribles paroles allume en nous
Comme un incendie, c'est en majeur.
c'est clair
on peut faire un tas de choses en majeur (Beethoven)
Le final en charles Baudelaire était superbe.
pour la première fois j'étais venu seul, je me suis mis près d'un mur que j'ai soutenu comme un jeune algérien d'Alger peut le faire une partie de sa journée. J'ai vu l'étrange fond de salle de l'Alhambra qui ressemble à la cale d'un vraquier se remplir...Ce qui était impressionant c'est le nombre de mecs venus en célibataires (très peu d'atmosphère homoérotique dans un concert de Murat, ou si peu), des jeunes gens de 20 ans :), une grande nasse de trentenaro-quadragénaires et pas mal de gros poissons de cinquante ans. alors où sont les filles ? ("Murat?, ah oui...le chanteur qui aiment les femmes", comme dit l'ironiste Dick Annegarn dans une interview), ben y'en avait aussi : j'ai revu la dame mûre aux cheveux roux-acajou qui vient toujours, une fille coiffée comme Jean Seberg qu'on rencontre souvent aussi et une folkeuse à la longue chevelure lisse et marron glacé que j'ai pu respirer plus tard dans l'épaisseur lorsque je me suis retrouvé derrière elle alors qu'elle me doublait en trombe, un ticket bleu de vestiaire à la main (il y avait embouteillage à la porte, en partie à cause de JP Nataf -longs cheveux noirs brillants- qui entourait délicatement sa blonde par le cou et qui discutait avec un ami en plein milieu du lit du flot naturel de la sortie, comme une petite île Saint-Louis sur la Seine). y'a pas de petit profit et la charmante était d'accord. elle avait des Docs montantes et des collants en laine noirs, une jupe en jean (très jolie, le lendemain dans le Parisien on lisait une enquête sur les violences faites aux femmes -- 25% d'entre elles sont victimes de vol ou d'escroqueries, c'est énorme -- et c'était la 'journée de la jupe' dans les collèges, en repensant à elle ça m'a ému).
Au début il faisait encore un peu froid dans la cale, les gens ne s'amusaient pas à se dévisager (dans ce concert, le public m'a paru sage et respectueux, ce n'est pas désagréable finalement) et semblaient avoir des activités autonomes ; un gars en costume cravate à côté de moi lisait un bouquin (avec une couverture en feuilles pliées de papier blanc A4 pour cacher le titre...bizarre ce goût du secret, les Muratiens ne forment pas un loge maçonnique doloriste pourtant) et un autre griffonnait un calepin de notes enfièvrées de ses 'Choses Vues'.
Ah, le public de Murat est bien un public de littéraires et n'en fait pas mystère :-) très peu d'Apple maniacs, encore beaucoup de petits portables bien de chez nous fabriqués à Clermont-Ferrand (ça c'est pour JLM qui a fait de l'esprit anti-parigo, lol). après une bonne bière fraîche (la spécialité de l'Alhambra, hyper fraîches!), l'ambiance s'est détendue. j'ai vu des filles se mordiller les doigts pendant les chansons (attraction animale de Murat, not dead) et d'autres être aimantées du fond vers la scène (tout un petit chemin de rivière charriant ses douces filles passait juste sur mon flanc droit). un élégant jeune "dude" de vingt cinq ans marquait le tempo avec son corps et dominait tout le monde malgré la pente descendante du haut de son mètre quatre vingt dix. J'ai croisé un homme avec sa canne blanche et son ami accompagnateur se frayer une trace dans la foule vers les amplis...avec une jeune mère de famille on s'est retrouvé au coude-à -coude à partir de Jim et puis elle a filé dans la nuit de la rue Toudic à 22h330 (certainement l'effet d'un sms silencieux familial qui venait aux nouvelles, c'est typique dans les concerts de nos jours). c'est la première fois que je suis resté muet à un concert, j'avoue que c'est de ma faute, les gens n'étaient pas spécialement prêts à s'engager dans une conversation mais ils souriaient et avaient l'air heureux.
Xavier (JLM forum)
PS : ça y'est...j'ai retrouvé à qui me font penser Rouge Madame, ==> à un groupe suédois qui s'appelle "The Tiny" (ils ouvraient pour la tournée d'Anna Ternheim en France en 2009). il est composé d'une fille et d'un gars, Ellekari Larsson et Léo Svensson, une pianiste et un violoncelliste. même atmosphère ou presque.
Cours ordinaire Tour