Date :
16 novembre 2006
Ville :
Paris (75)
Salle :
La Cigale
Les avis sur ce concert
« Trempés dehors-chaud dedans »
Bons vieux copains comme nous l’étions chacun avait une tache à remplir au sein du trio. A la scène comme à la ville. L’itinéraire peaufiné par trente années de rock-garage était un judicieux méandre à travers un océan de guitares, de petite bière, de basses, de petite bière, d’instruments à un manche, à deux manches (pour le dimanche c’est fermé), de batterie une caisse, 4 fûts, 2 grosses caisses….
Il devait être 19h30, c’était le jeudi 16 novembre d’après ce qui se disait depuis le début d’après-midi, dans les bars, en guise d’explication au verre de rouge obligatoire tendu par un barman hilare. Ça tombait même bien, on cherchait une guitare ton lie de vin.
16 novembre ou pas, il tombait des cordes, boulevard Rochechouart. Trempés dehors, au chaud dedans, rendus guillerets par le débat « le verre de rouge obligatoire est-il obligatoire ? » Nous remontions une file d’attente longue comme un mur de Berlin. Sous la flotte, stoïque dans les gouttes, tout ce petit monde, sourire aux lèvres, patientait tranquillement. Alors que, bloqués par un vélo / parapluie, nous faisions le point, un grand type, nous aborda fort intelligemment : « Trempés dehors, chaud dedans. Son bras nous indiquait un grand hall d’entrée ou s’enfonçait le mur de Berlin. » Immédiatement il ajouta : « 25 €- le billet, j’en ai trois. »
On est entrés vite fait. Sur la droite du hall, un attroupement indiquait forcément le bar. Dribblant avec élégance une bande de mecs et nanas à l’air souriant et sympa, Dédé notre bassiste / éclaireur fit son rapport : « ça doit être une soirée « verre de rouge obligatoire » mais là , l’attroupement c’est pas le bar, y ‘ sont coolos, y vendent des tee-shirts, des affiches, tout le monde dit bonjour Jocelyne… Y’a plein de nanas mignonnes…., le bar c’est par l’escalier… »
Ouahhh ! Nous avons débarqué dans un théâtre à l’italienne, écrin douillet pour joli caillou. Balcon, balustrade, avec au fond, une scène, des lumières… La salle était bourrée de monde. Ambiance chaude, attente sereine. On cherchait encore le bar quand le noir se fit.
Quatre types à l’air débonnaire déboulèrent sur le plateau. « Un groupe de zicos pour la soirée verre de rouge obligatoire ? » On était scié ! De la salle monta une ovation alors qu’une Télécaster de feu reprit de volée…. Une inscription « Taormina Tour » s’afficha en fond de scène, L’ovation redoubla. Le public semblait bien apprécier ce négociant en pinard et tenait à lui faire savoir….
Ça bougeait bien ! Chaque morceau était ponctué de hurlements, d’applaudissements. Faut dire que les mecs sur scène étaient plutôt bons. Ça envoyait le bois, peinard dans une ambiance de fête. Comme le gratteux jouait une Télécaster pendant ce concert, on est allé boire une bière.
Juste le temps d’un aller/retour car dans la salle, ça chômait pas. Ça jouait sur scène, ça chantait au balcon, tel une grande bande de pôtes qui font la teuf. Certainement une longue amitié.
En plus, le mec ne chantait pas n’importe quoi. Et vraiment pas mal. Vraiment bien même. Du coup, la salle poussait fort. Des voix hurlaient « Jean Louis », certainement le gars du bar, pour les verres de rouge obligatoires. Les filles devenaient intenables devant leur copain qui les tenaient.
Chaque morceau terminé, le chanteur remerciait sobrement, jovial. Les fous furieux dans la fosse poussaient un encouragement à effrayer un All-black et un nouveau morceau démarrait, immédiatement ovationné. Ça parlait de fille du capitaine.
Une salle chavirée alternait écoute passionnée et satisfaction trépidante. La formule se révélait redoutable : des allumés sur scène trop contents d’aligner les morceaux qui tuent devant un parterre « complètement parti » Cette joyeuse bande avait rendez-vous, c’était évident. Ils étaient là heureux, à le faire savoir. Un groupe qui peut, un public qui en veut, c’est imparable !
Le groupe sortit de scène une première fois, revint, le guitariste ayant troqué la Télécaster contre une superbe demi-caisse noire estampillée Patrice Blanc, bourrée de chevaux. La chanson parlait de l’heure du berger. Puis le type reprit la Télécaster pour nous parler d’un jaguar, ce qui électrisa l’auditoire.
Pas calmés, à la fin de l’histoire du jaguar, les mecs et les filles hurlaient alors qu’un technicien plateau agita frénétiquement le faisceau d’une torche en direction du fond de la salle. Repéré qu’il fut, la lumière se fit, un filet de musique fusa de la sono.
Mais les hystériques de la salle n’en démodèrent pas, ils en voulaient encore. Ils eurent gain de cause ! le groupe revint pour un deuxième rappel tandis qu’une fille hurlait « Enaurmeeeee, il revient deux fois » avant de s’évanouir.
Un peu plus tard, sur le trottoir, trempés dehors-chaud dedans, nous contemplions hagards, les affiches Taormina Tour-Beaujolais nouveau-16 novembre. « Cela devait être le nom du groupe. »
« Rêver pour l’hiver »
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A cette saison, on sait bien que la Cigale a faim, et hier soir, elle avait effectivement très faim.. D’autant que son public (plus jeune que d'habitude à mon avis) a dû patienter longtemps sous la pluie. Eh oui, un concert de Murat, ça se mérite.
Salle très enthousiaste, puis successivement en attente pour terminer, si j'en juge par les remarques glanées autour de moi, sur sa faim..
Pour ma part, j'ai trouvé qu'il "avait fait le job" sans plus. Je me suis même demandé si l'attente perceptible de la salle ne lui a pas fait un peu peur... J'ai quand même passé un bon moment mais j'ai connu des concerts moins tièdes... On aurait cru écouter un disque live, chansons enchaînées les unes après les autres entrecoupées de quelques "merci". Connaisseuse et reconnaissante malgré tout, la salle l'a rappelé à deux reprises et il nous a gratifié d'un "Accueille-moi paysage" somptueux, mais raccourci..
Et nous, on avait encore faim !
Katia
Taormina tour